Première partie détaillée - Basilique Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

Aller au contenu

Première partie détaillée

La Basilique > Textes-Historique
2 - Travaux et aménagements de la première partie
 
Dès la fin septembre 1888, commencent les travaux de terrassement de la crypte. Sa construction présente d'ailleurs quelques difficultés, comme en témoigne un article de Gabriel GOURAUD dans « l'Espérance du Peuple » de Nantes du 15 août 1889 :
«… une vaste crypte... (dont) les murs complètement terminés permettent de se faire dès maintenant une idée exacte de cette église souterraine... Mais les fondations ont présenté des difficultés sérieuses et ont nécessité des dépenses considérables. Il s'agissait d'aller chercher le solide à travers une couche épaisse d'alluvions que les infiltrations de la rivière transformaient en véritable marécage... » Selon la mémoire locale, la cause en aurait été une crue de la Sèvre, à Noël 1888.
 
Septembre 1889, la crypte est achevée et peut dès lors servir d'église paroissiale. Le premier nouveau-né à y être baptisé est la fille de Baptiste BUREAU, meunier à Milvin : Augustine, née le 10 septembre 1889.
 
30 septembre 1889. Bénédiction officielle de la première pierre de la nouvelle église elle-même. Mgr CATTEAU redit, à cette occasion, « qu'il fallait non seulement un temple suffisant pour les besoins de la paroisse, mais une église régionale, d'autant plus grandiose qu'elle devrait être l'œuvre du pays entier. » (Première pierre)

Un parchemin, renfermé dans un tube de cuivre, est alors déposé dans la pierre fondamentale, pour transmettre aux siècles futurs les noms des principaux personnages qui ont coopéré à l'œuvre et l'époque précise à laquelle elle fut entreprise. Voici le texte même de l'acte confié au parchemin :

D-S
Au nom de la Très Sainte Trinité : Amen.
L'an de Notre-Seigneur MDCCCLXXXIX (1889) et le trentième jour de septembre à deux heures de l'après-midi, Nous, Nicolas-Joseph-Clovis CATTEAU, évêque de Luçon, Léon XIII, Souverain Pontife, glorieusement régnant, le R. Père François RIGAUDEAU, prêtre de la Compagnie de Marie, étant curé de Saint-Laurent-sur-Sèvre, le Père Joseph GUIOT, vicaire, Charles LAPIERRE, maire de la commune, Édouard JACQUET, président du Conseil de Fabrique, Casimir DEVAL, trésorier, Jules DURAND, marguillier, Célestin BREBION et Auguste BUREAU, conseillers, Mathurin FRABOULET de Nantes, architecte, Jean-Baptiste RABJEAU d'Angers, entrepreneur, en présence du T. R. Père Armand MAURILLE, supérieur général des Missionnaires de la Compagnie de Marie, du T. Ch. Frère HUBERT, supérieur général des Frères de l'instruction Chrétienne de Saint-Gabriel, de la T. R. Mère MARIE-PAULINE, supérieure générale des Filles de la Sagesse, du R. P. FONTENEAU, 1' assistant du supérieur général de la Compagnie de Marie, du R. P. BERGUIEN, 2éme assistant du supérieur général de la Compagnie de Marie, de M. l'abbé Michel GELOT, curé archiprêtre de la Roche-sur-Yon et ancien curé de cette paroisse, de M. l'abbé GUILE, doyen de Montagne, des RR. PP. Missionnaires de la Compagnie de Marie, des prêtres du canton et d'un très nombreux clergé, assisté de nos vicaires généraux, MM. Charles GIRAUD et Georges SIMON, avons procédé à la bénédiction et à la pose de la première pierre de l'église que l'on construit sur le tombeau du Bx Louis-Marie Grignion de Montfort, sous les auspices de Marie Immaculée, reine du Très Saint Rosaire et sous le patronage de saint Laurent, diacre, martyr.
Et que Dieu nous fasse la grâce de mener à bonne fin l'œuvre commencée. Amen.

Cette bénédiction sonne le glas de la démolition de l'ancienne église. Seuls les tombeaux vont demeurer à leur place.

25 mars 1890 Visite à l'église en construction de Mgr CATTEAU, Évêque de Luçon, accompagné de M. SIMON, vicaire général, de M. GUILE, curé-doyen de Montagne, et de quelques autres prêtres. L'entrepreneur des travaux, M. RABJEAU, est venu tout exprès d'Angers pour faire aux visiteurs les honneurs de son chantier.
Le chroniqueur de la Semaine Catholique de Luçon (19 avril 1890) qui relate cette visite précise : « Monseigneur a pu voir avec satisfaction que son beau discours, prononcé à la bénédiction de la première pierre, a produit ses fruits. Depuis lors, les travaux ont marché rapidement ; actuellement, les murs sont arrivés à la naissance des fenêtres. A mesure que l'édifice s'élève, les visiteurs en admirent les belles proportions ; ils en remarquent aussi la solide exécution et ne sont pas moins frappés de la bonne tenue du chantier. (... ) (Visite)

Le tombeau du Bienheureux qui, en raison des travaux, avait dû forcément disparaître pendant quelques mois, est, depuis le saint jour de Pâques, rendu à la vénération du public. Une chapelle provisoire l'isole du chantier. Il occupe la place qu'il gardera dans la nouvelle église ; c'est la même, du reste, que celle qu'il avait dans l'ancienne (...). » [NB. Il faut bien sûr comprendre que le tombeau a dû être protégé et son accès temporairement interdit aux pèlerins. Quant à la « chapelle provisoire », il s'agit probablement d'un abri destiné à protéger des intempéries et des risques du chantier les tombeaux et les pèlerins.] (Tombeaux)

Dès la fin de 1890, la question du clocher se pose de nouveau : il était initialement prévu de n'élever celui-ci que « jusqu'à la naissance de la pyramide » ; la flèche prévue ne devant être construite qu'ultérieurement. Cependant, le 28 janvier 1891, l'entrepreneur RABJEAU annonce par courrier au curé François RIGAUDEAU que « l'architecte étudie en ce moment l'étage du beffroi et le couronnement du clocher. »
En effet, au mois d'avril suivant, FRABOULET propose à la Fabrique un devis d'achèvement du clocher où il est question de « l'étage de la lanterne, la coupole et son couronnement. » Total : 70 000 F. (Croquis)
Ainsi, plus de flèche ; mais, à la place, une coupole qui vient parfaire l'ensemble architectural d'inspiration romano-byzantine, comme l'avait souhaité le curé RIGAUDEAU, après, dit-on, un pèlerinage à Rome. Hauteur du clocher : 75 m.

Pour rendre fonctionnelle cette première partie de la construction, un haut mur provisoire ferme le transept. Un portail central et deux portes latérales donnent accès à l'édifice. Des verrières blanches ferment toutes les ouvertures. (Mur provisoire)
Les sculptures décoratives intérieures, en particulier les chapiteaux et la frise du rosaire, sont exécutées par Messieurs COURANT et BIRON, sous la direction de l'architecte FRABOULET.

10 août 1892. Bénédiction de l'église par l'évêque de Luçon Mgr CATTEAU, entouré de près de deux cents ecclésiastiques.
A cette cérémonie s'est produite pour la première fois la Maîtrise Montfort, formée depuis seulement quelques mois par Louis-Joseph BITON. (Vues intérieures)

20 juin 1893. FRABOULET fait parvenir au Conseil de Fabrique un « résumé général des travaux exécutés à l'église de Saint-Laurent-sur-Sèvre ». Coût total des travaux : 420 853 F, dont 350 000 déjà versés. A cela s'ajoute 11 884 F de finitions dans la crypte et 11 411 F pour le mur provisoire de façade.

14 août 1893. Bénédiction et inauguration d'un grand orgue, réalisé par la manufacture Louis DEBIERRE à Nantes, et offert à la paroisse par une généreuse donatrice (Mademoiselle Clémentine FABRE DE LAGRANGE). Coût : 10 590 F.

27 septembre 1893. Bénédiction de la « croix de Montfort » par Mgr CATTEAU. Cette croix - constituée des restes de la croix de la mission de Saint-Laurent, préparée par MONTFORT et plantée le lendemain de sa mort, le 29 avril 1716 - est placée dans l'église, près du tombeau ; d'abord à l'emplacement où se trouve le tableau de Claudius LAVERGNE ; puis, vers 1899, à l'emplacement actuel. La petite croix en son centre est un souvenir de Jérusalem ayant appartenu au Comte de CHAMBORD, fils de la Duchesse de BERRY.

En septembre 1895, l'entreprise RABJEAU commence les fondations des murs latéraux de la nef et de la façade et les soubassements des colonnes de cette seconde partie de l'église. Mais Mgr CATTEAU, inquiet de l'endettement de la Fabrique, fait impérativement interrompre les travaux... laissant un vaste parvis délimité par les bases des futures constructions et encombré de tas de pierres de taille et de maçonnerie… (Vues extérieures)

Le 19 mars 1897, la Fabrique doit encore 72 512 F. à l'entrepreneur RABJEAU et signe une reconnaissance de dette avec remboursement sur 12 ans (4% d'intérêt par an). Les travaux ne reprendront que 43 ans plus tard.

En octobre 1907, au décès du curé François RIGAUDEAU, cette question de l'endettement de la Fabrique, non encore résolue, va donner lieu à un échange de courrier, courtois mais ferme, entre le Vicaire Général de Luçon et le R. P. LHOUMEAU, Supérieur Général des Montfortains ; chacun se renvoyant la responsabilité du cautionnement de cette dette. Par ailleurs, non sans quelque amère pensée, le vicaire général, suggère assez nettement que, si le curé de la paroisse avait été un prêtre séculier (c'est-à-dire un prêtre diocésain), il aurait été tenu d'engager sa responsabilité personnelle par rapport à cette dette. En clair, pour succéder à François RIGAUDEAU, prêtre régulier (c'est-à-dire membre d'un ordre religieux - la Compagnie de Marie - lié par des vœux à un supérieur autre que l'évêque), il est préférable, selon lui, que soit désormais nommé un prêtre séculier.
Ce à quoi s'oppose le R. P. LHOUMEAU, s'appuyant d'ailleurs sur le souhait circonstanciel du Conseil de Fabrique de la paroisse : « Ces Messieurs jugent que cette nomination équivaudrait à un désastre et, quand je leur ai objecté que probablement le curé membre de la Congrégation n'engagerait pas la responsabilité de son Institut, ils ont fait valoir qu'un régulier leur serait un appui de toutes manières. Son entretien sera moins onéreux pour la paroisse ; la Compagnie, qui ne se désintéressera pas de la paroisse, ni de ses rouvres, lui prêtera plus facilement son concours et peut aider à susciter un mouvement d'où viendront quelques ressources. Tout cela est très vrai et nous ne pouvons qu'en assurer Monseigneur (l'évêque) ».
A Saint-Laurent, il y eut un curé membre de la Compagnie de Marie de 1794 à 1997 !... excepté les courts intermèdes de Jacques JAUNET (1803-1805) et Michel GELOT (1874-1878).

La grande statue du « Bienheureux Montfort mourant », œuvre de Paul BELOUIN (1888), le collaborateur de CHAPEAU d'Angers va être déposée près des tombeaux lors de l'achèvement des travaux. Elle sera transférée ensuite dans la crypte, vers 1897. [NB. Paul BELOUIN, natif de Rennes, devenu angevin par sa profession, réalisera de nombreuses sculptures de MONTFORT, notamment le « Montfort pèlerin », thème repris par d'autres artistes.](Montfort mourant)

Vers 1899. Mise en place, près du tombeau, du tableau de Claudius LAVERGNE, réalisé en 1887, et représentant MONTFORT remettant l'habit de Fille de la Sagesse à Marie-Louise TRICHET, en présence du Père MULOT et de Frère MATHURIN.
Ce tableau a été réalisé pour la béatification de MONTFORT à Rome et offert à cette occasion au Pape Léon XIII par les Congrégations montfortaines. A la fin de février 1889, le Souverain Pontife en fait hommage à la nouvelle église du tombeau du Bienheureux, mais il n'y sera exposé qu'une dizaine d'années plus tard. (Tableau)

3 février 1902. Bénédiction de trois cloches sorties des ateliers ASTIER, fondeur à Doulon, près de Nantes, et donnant les notes : do, ré, mi :
DO : du nom de Marie-Louise de Jésus ; poids : 2 402 kg. ;
RE : du nom de Victor Auguste Suzanne ; poids : 1 530 kg. ;
MI : du nom de Laurent et Jean-Baptiste, les deux patrons de la paroisse ; poids : 1 064 kg. .
L'autre cloche du beffroi, donnant le SOL, vient de l'ancienne église (bénite en 1861) du nom de Marie ; poids : 800 kg.. (BOLLEE père et fils, fondeurs au Mans).

27 novembre 1902. Le R. P. Gabriel JOUITTEAU (Frère Louis-Marie), capucin, bénit l'autel et la statue de MONTFORT qui le surmonte, que lui-même et certains membres de sa famille ont offert à la paroisse. Cet autel se trouve dans l'absidiole la plus à gauche, face aux tombeaux. Autel et statue sont l'œuvre du sculpteur choletais Stanislas-François BIRON. (Absidiole)

En cette même année 1902, et dans cette même absidiole, sont posés trois petits vitraux réalisés par Lux FOURNIER, maître verrier à Tours. Un vitrail représente les fidèles venant vénérer le tombeau de MONTFORT. Un autre représente MONTFORT mourant accueilli par la Vierge Marie et le Christ : « Je suis entre Jésus et Marie... C'en est fait, je ne pécherai plus. »

Le 9 décembre 1905 est votée la loi de séparation de l'Église et de l'État qui abroge le Concordat de 1801. Cette loi a comme conséquence d'aliéner au profit de l'État ou des communes les biens des églises et les églises elles-mêmes, hormis le mobilier et les objets de culte qui devront être gérés par des a associations cultuelles », le conseil de Fabrique n'ayant plus d'existence légale.
Pour opérer ce transfert de propriété considéré par beaucoup de catholiques comme une spoliation, le gouvernement décide de procéder à des inventaires qui suscitent dans bien des paroisses de Vendée une vive opposition. A Saint-Laurent, une première tentative a lieu le 23 février 1906 ; mais les portes de la façade provisoire sont fortement barricadées par des madriers et les pierres du chantier ; et la foule fait barrage. L'inventaire est finalement réalisé grâce à l'intervention de la troupe le 20 novembre. Il nous permet de savoir ce qu'est alors le mobilier et les objets de culte de l'église.
Mobilier : 800 chaises, 20 bancs mobiles, le siège du desservant, 4 confessionnaux en chêne à trois compartiments, une « chaire à prêcher provisoire sans style », « l'harmonium » ( ?), les tableaux (le Baptême du Christ et Marie-Louise recevant l'habit).
Objets du culte : 2 ciboires, 2 encensoirs, 4 burettes, 28 chandeliers (16 avec pied, 12 à porter), 1 croix de procession, 5 croix d'autel, 28 vases et 2 conopées (voiles recouvrant le tabernacle), 8 couvertures d'autel, 16 nappes, 12 aubes blanches en dentelle, 20 surplis... [NB. De toute évidence, quelques objets précieux ne figurent pas dans la liste.]

En 1914, c'est au tour de l'absidiole de l'autel de la Vierge de recevoir trois vitraux réalisés en 1913 dans les ateliers LAVERGNE, maître verrier à Paris. Un vitrail représente la Vierge donnant le rosaire à Saint DOMINIQUE.

28 avril 1922. Inauguration et bénédiction par Mgr GARNIER, évêque de Luçon, du ciborium (sorte de baldaquin) surmontant les tombeaux. Il a été réalisé par l'architecte ROUILLARD, d'Angers. Il est en pierre blanche de Lavour. Quatre colonnes en marbre vert des Pyrénées le soutiennent. Quatre anges aux ailes déployées, portant la croix et le rosaire (forts symboles de la spiritualité montfortaine) occupent les angles du monument.

Le 19 mars 1922, le P. RAIMBAULT, curé de la paroisse, demande à Mgr GARNIER l'autorisation d'ériger un chemin de croix dans l'église paroissiale. « Celui qui existe actuellement consiste en simples croix toutes vermoulues et le Général de PIOLANT (bâtisseur et propriétaire du château de la Barbinière, décédé fin 1926) tient à en payer un à l'église de sa paroisse avant de mourir.»
Après accord de l'évêque, l'érection a lieu le 17 septembre 1922.

En 1926, les absidioles de droite reçoivent des vitraux réalisés par R. DESJARDIN, maître verrier à Angers. Derrière l'autel de saint Joseph, trois vitraux illustrent les scènes évangéliques de l'enfance de Jésus avec Joseph. Et derrière l'autel de saint Laurent, surmonté par la grande statue du saint Patron du lieu (qui provient de l'ancienne église), les trois vitraux évoquent les scènes évangéliques de la vie de saint Jean-Baptiste (patron secondaire du lieu).

Début août 1932. A la demande du curé Pierre RAIMBAULT, Henri DEBRY (peintre à Saint-Laurent) recouvre l'ensemble des verrières de l'église d'une peinture « couleur vert poireau » ; et l'entourage est en bleu clair. Commentaire d'un témoin : « C'est horrible ! » (Alix BITON- 10 août 1932 - agenda 1932)
Retourner au contenu